Amédée LEGRAND (1916-1997)
La Maîtrise, a perdu son chantre...Notre, ami Amédée- LEGRAND, l'historien de notre Petit Séminaire, s'est endormi pour toujours à l'hôpital Jean Minjoz de, Besançon dans la soirée du vendredi 14 novembre et s'en est allé rejoindre son épouse Simone, décédée le 12 février dernier.
C'est le 30 octobre qu'il entrait à l'hôpital ; le 4 novembre, il subissait une. délicate intervention chirurgicale. Depuis quelques semaines, sa santé s'était bien dégradée : il était très amaigri et son moral était au plus bas. Après l'opération, il resta constamment sous perfusion ; son visage, trahissait ses souffrances. Les derniers instants de son existence, il les passa avec sa fille Françoise qui l'assistait depuis le, début de son hospitalisation : la main dans sa main, visage apaisé, parfaitement lucide, il lui parla durant une heure, puis s'éteignit doucement. Il venait d'avoir 81 ans.
Amédée LEGRAND est né à Ornans le 11 novembre 1916, dernier d'une. famille de 10 enfants dont l'aîné était mort pour la France au début de la guerre de 1914. Son père était menuisier-charpentier. Après l'école primaire à l'école Saint-Michel à Ornons et l'obtention de son CEP, il entra à la Maîtrise, directement en 4e, et y étudia de 1931 à 1934. Puis, ce furent 2 ans à Faverney et 1 an au Gland Séminaire. Il effectua son Service militaire en 1937, fut mobilisé en 1939, fait prisonnier en 1940 et resta en captivité en Allemagne jusqu'en février 1945. Que ce soit en stalag ou en camp de travail, grâce à son autorité naturelle et à sa connaissance - sommaire selon lui - de la langue allemande, il fut toujours le représentant des prisonniers français auprès des chefs allemands. Amédée a d'ailleurs écrit le récit de sa captivité, récit très intéressant et qui pourra faire l'objet d'un article sur un prochain bulletin.
Après sa démobilisation, Amédée se présenta au Grand Séminaire pour faire part de son désir de sortir de la voie qui menait au sacerdoce, ce qui ne fut pas du goût du P.BRINGARD, le Supérieur, qui détestait ce genre. De « bifurcation ". De 1945 à 1952, il fut le secrétaire des Syndicats Artisanaux du Doubs. Puis, il entra aux Ets MISCHLER dont il devint le chef du personnel. A cette fonction, il fit preuve de ses grandes qualités : gentillesse, bon sens, équité, psychologie. Après avoir résidé à Fretigney (70) de 1952 à 1959, il émigra à Besançon où il prit sa retraite en 1977.
Sa retraite but bien occupée : études - lecture - écriture - bénévolat. Trois associations lui tenaient plus spécialement à coeur : les Anciens d'Ornans - les Anciens Combattants et Prisonniers de guerre - les Anciens de la Maîtrise. Celle-ci était en sommeil et ce fut Amédée LEGRAND, aidé de quelques anciens, qui tenta de la relancer. Lors de l'assemblée de 1961, il fut le brillant représentant des laïcs et son discours, plein d'humour, fut très applaudi. Discours enregistré par le P. MOUGIN et dont des extraits seront insérés dans un autre bulletin. En tous cas, sur la lancée qu'il lui a donnée, l'association des Anciens de la Maîtrise est bien vivante, mieux structurée et elle a gagné en vigueur et en rigueur.
Sur l'insistance de ses amis du Comité, Amédée se lança en 1986 dans les recherches préalables à l'histoire de la Maîtrise. C'est à ce moment que recruté comme dactylo, je collaborai avec lui et le rencontrai une ou deux fois par semaine. Son travail de recherche, un travail de bénédictin, me remplissait d'admiration. Quelle patience ! Quelle minutie ! Des centaines de lettres, de demandes de renseignements, des centaines d'appels téléphoniques, des dizaines de, déplacements en voiture, chez des anciens, aux archives diocésaines, dans les bibliothèques, spécialement au Grand Séminaire de Besançon. Ensuite, la rédaction de plusieurs milliers de pages d'un texte que, selon le conseil de BOILEAU, il polissait sans cesse et repolissait. Enfin, il me transmettait ces pages pour dactylographie. Et ce fut la sortie en septembre 1990 du livre de 340 pages ayant pour titre, " HISTOIRE DE LA MAITRISE DE LA CATHEDRALE ". Tiré à compte d'auteur, le. livre fut bien accueilli par les Maîtrisiens, mais aussi par tous les amateurs d'histoire locale ou religieuse.
Notre ami ne se limita pas à cet ouvrage. Il écrivit aussi l'histoire de sa famille dans un livre de 175 pages intitulé " LES LEGRAND D'ORNANS » sorti en petit ouvrage au cours de l'automne 199à . Il m'en offrit un exemplaire : la lecture, en est aussi facile et aussi passionnante que celle de " HISTOIRE DE LA MAITRISE " et les chapitres consacrés à la vie laborieuse de ses parents, aux heures difficiles de la guerre 14-18 au cours de laquelle, deux de ses frères trouvèrent la mort, sont particulièrement émouvants.
Et nous n'oublierons pas qu'avec le mot d'introduction à l'étude du chanoine PANIER, mot figurant en page 2, c'est pour la Maîtrise qu'il fit son dernier texte, son. ultime composition.
Amédée LEGRAND avait épousé, Simone le 9/8/1947 et le couple eut la joie d'accueillir deux, enfants et plus tard quatre petits-enfants. Les dernières années de sa vie furent assombries par les ennuis de santé de son épouse qui vécut de longs mois de souffrance avant de rendre son âme à Dieu en février 1997. Ainsi, Amédée nous a quittés la même année que son épouse.
Il a été inhumé dans le caveau familial au cimetière de Saint-Ferjeux après une célébration en l'église de Saint-Claude où une foule nombreuse et recueillie. - ainsi qu'une vingtaine d'anciens maîtrisiens - l'accompagna dans son ultime voyage.
La Maîtrise a perdu son chantre...Adieu, Amédée,...