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Une certaine idée de l'Etat
II participait hier au colloque consacré à Albert Métin : natif de Nancray, l'ancien haut fonctionnaire Gabriel Mignot incarne bien l'expression "grand commis de l'Etat"
Le ministère du Travail a cent ans, ça se fête. Il se trouve que le Bisontin Albert Métin fut le chef de cabinet de René Viviani, le tout premier ministre du Travail en 1906, avant de lui-même occuper ce poste en 1913.
La mémoire de Métin, dont l'intéressant parcours d'élu et d'homme d'Etat est un peu tombé dans l'oubli (notre idition du 3 novembre dernier) valait bien ce colloque, organisé à l'initiative de l'historien Joseph Pinard, et accueilli hier au conseil général par son président Claude Jeannerot.
Fils de paysan
Parmi les intervenants, un certain Gabriel Mignot. Lui aussi inconnu du grand public, mais c'est volontaire : ce proche du PS n'a jamais voulu faire carrière dans la politique : « J'ai côtoyé Pierre Joxe, notamment en étant son directeur de cabinet quand il a été ministre de l'Industrie juste après l'élection de Mitterrand en 1981. En tant qu'observateur je l'ai constaté : politique, c'est un métier trop éprouvant... »
L'expression « grand commis de l'Etat » lui va bien, et il irait jusqu'à la revendiquer s'il n'était pas d'un naturel discret. Son cursus fait de lui un haut fonctionnaire-type, soucieux de l'image de l'administration, conscient de ses défauts mais agacé par ceux qui la brocardent juste pour le plaisir de « se la payer ».
Gabriel Mignot est né il y a 70 ans à Nancray. « Mes parents étaient paysans, ils ont eu trois garçons tous devenus... fonctionnaires », sourit-il. Après des études bisontines brillantes au Petit Séminaire de la Maîtrise, il fait Sciences Po puis l'Ena, sa promo venant peu après celle de Chirac.
Lui qui sera président de la 3e chambre de la Cour des
comptes (celle qui contrôle la gestion de la Sécu) a longtemps œuvré dans les coulisses du ministère du Travail cher à Métin : il a été Délégué à l'emploi de 1981 à 1985, et à ce poste a vu se succéder différents ministres du Travail : Auroux, Ralite, Bérégovoy... De 85 à 91, il est directeur          de          de l'Unedic, l'assurance-chômage.
Trop d'Etat ?
Tendance jacobin, l'enfant de Nancray. « Je ne suis pas fédéraliste, c'est sûr. A cause du risque de favoritisme qui est plus fort avec ce type de système, parce qu'on est très près du terrain. » II n'en est pas pour autant opposé à la décentralisation, mais il la regarde d'un œil critique : « A la base, c'est une bonne idée, mais dans la pratique, cela fait un joyeux pataquès. Tout le monde est devenu compétent pour tout... »
A l'heure où il est de bon ton de fustiger le « trop d'Etat », lui pose calmement les données du problème : « Si on l'on veut moins d'Etat, c'est un choix politique et il faut l'assumer. Mais si l'on considère qu'il ne fonctionne pas bien, c'est différent, il y a des remèdes pour ça, c'est une affaire de management ».
Le grand commis sait aussi se lâcher : « Ce pays a un mal fou à accepter l'exigence d'une bonne gestion ». De son expérience à la Cour des comptes, il retient que « la classe politique n'a rien à faire du contrôle, sur cette question chez elle cela reste : cause toujours... »
D'ailleurs y a-t-il trop de fonctionnaires contrôleurs ou pas assez ? Pour en revenir à Métin et au centenaire de son ministère, tout le monde sait bien que le nombre d'inspecteurs du travail est ridiculement faible.
Joël MAMET
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Gabriel Mignot a notamment été Délégué à l'emploi auprès de différents ministres du Travail (Auroux, Ralite, Bérégovoy... )                                                                  Photo Arnai
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